Jean Desessard, l’artisan du revenu universel

Les écolos ont constitué un groupe au Sénat entre 2011 et 2017, pour la première fois de toute l’histoire de la République. Cette aventure a pris fin en juin 2017, lorsque l’un d’eux a quitté le groupe. Pour que leur travail reste accessible, le groupe a décidé de mettre toutes les données en open data. En parallèle, ces données seront accompagnées de plusieurs articles, publiés en série et chacun consacré à un sénateur ou une sénatrice.

Ce nouvel article est consacré à Jean Desessard et son combat pour le revenu universel.

Nous sommes en 1516. Dans son essai L’utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Thomas More dresse une critique sévère de l’Angleterre et des autres pays européens. Il y développe également dans une deuxième partie sa vision de l’État idéal. Celui-ci reposerait sur une idée centrale, le revenu de base ou allocation universelle. Le souci de More est de créer un État qui permette de satisfaire les besoins et de faire respecter les droits de chacun·e.

500 ans plus tard, la campagne présidentielle française se cristallise autour de cette même idée. Entre-temps, les intellectuel·les, hommes et femmes politiques ou autres économistes ont étudié, développé, expérimenté le concept. Parmi eux, Jean Desessard a été précurseur.

Le revenu universel, le concept

Lorsqu’il pénètre pour la première fois dans le Palais du Luxembourg, en 2004, Jean Desessard en a la même image qu’une très grande majorité des Françaises et des Français. Il s’attend donc à trouver des personnes assez âgées, ni très dynamiques physiquement ni très vives intellectuellement. Et pourtant ! Il est surpris par la réalité de l’assemblée. Si la moyenne d’âge est tout de même de 61 ans, les débats n’en sont pas moins vifs, et suffisamment ouverts pour que le concept de revenu universel y trouve sa place.

Jean Desessard est surpris par la vitalité du Sénat

Militant depuis plus d’un quart de siècle pour le revenu de base, Jean Desessard ne se lasse pas d’en énoncer le concept et de développer les arguments pour sa mise en place.

🔍 👀 « Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement. » — Mouvement français pour un revenu de base

🗃🔓 Consulter le site internet du Mouvement français pour un revenu de base

Parmi les raisons qui plaident pour l’instauration d’un revenu universel, se trouve en premier lieu le droit de chaque personne à un niveau de vie suffisant pour assurer son bien-être élémentaire et une vie décente, tel qu’inscrit dans le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946.

🗃🔓 Lire le préambule de la Constitution de 1946

Parmi les défenseurs emblématiques de la mesure, plusieurs personnalités se sont exprimées au cours de l’Histoire, telles que Abraham Lincoln, Milton friedman ou encore Martin Luther King.

Martin Luther King défend le revenu universel

2013, le temps s’accélère

Cela fait plus de vingt ans que Jean Desessard défend le revenu universel au sein de son parti, Europe-Ecologie-les-Verts, quand il arrive enfin à le faire adopter comme élément de programme dans la plateforme nationale des verts. Nous sommes en 2013.

« Les écologistes sont ceux qui envisagent le mieux les problèmes à venir, et donc les solutions. »
La clairvoyance des écologistes

Parallèlement, le Mouvement français pour un revenu de base se crée et devient un acteur incontournable sur le sujet. Les liens s’établissent rapidement entre l’élu et les activistes, des actions communes sont organisées.

Le Sénat se saisit enfin du sujet

Le 2 février 2016, le Sénat enregistre une proposition de résolution pour l’instauration d’un revenu de base, déposée par Jean Desessard. Si le débat est riche, la résolution n’est pas adoptée, l’« applicabilité immédiate » semble avoir été rédhibitoire.

🗃🔓 Lire la résolution pour l’instauration d’un revenu de base

Bien que cette proposition de résolution n’ait pas été adoptée par les sénateurs et sénatrices réuni·es en séance le 19 mai 2016, elle a permis la création d’une mission commune d’information à l’initiative du groupe socialiste et républicain.

La mission commune d’information est présidée par Jean Marie Vanlerenbergue, rapportée par Daniel percheron et Jean Desessard en est le vice-président. La mission les réunit pendant 3 mois. Ils se rendent en Finlande, aux Pays-Bas pour observer et étudier les expérimentations sur le revenu de base. En participant activement aux travaux de cette mission d’information, Jean Desessard entend avoir contribué à l’émergence d’une meilleure compréhension des valeurs d’équité, de solidarité, de justice sociale attachées au revenu universel, mais également à l’étude du calcul de son coût et de son financement et aux modalités de son expérimentation.

Le 13 octobre 2016, ces déplacements et auditions donnent lieu à un rapport très conséquent.

Au même moment, nous sommes au cœur de la primaire socialiste visant à désigner le candidat à l’élection présidentielle. À quelques mois du premier tour, les thèmes structurant le débat sont connus. Benoit Hamon crée la surprise en faisant du revenu de base l’élément central de son projet de société. La sortie du rapport sénatorial au même moment est une aubaine, elle confère une crédibilité supplémentaire au projet du candidat.

C’est ce qu’il aura fallu pour produire le rapport

🗃🔓 Lire le rapport d’information sur l’intérêt et les formes possibles de mise en place d’un revenu de base en France

Le tour de France de la conviction

Jean Desessard n’a jamais abandonné le baluchon porté pendant plus de vingt ans et qui lui avait permis de convaincre son parti de faire sienne cette revendication. L’épreuve du Sénat passée, il repart sur les routes et fait le tour des groupes locaux d’EELV. Dans son sac, certes le rapport d’information, mais également, et surtout, une brochure dense et argumentée, plus personnelle et plus radicale.

« Adopter le revenu universel, c’est acter le fait que le droit à une existence digne est un préalable indispensable à l’appartenance et à la participation de tous à notre société. »

🗃🔓 Lire la brochure réalisée par Jean Desessard : « Pour un revenu universel d’existence »

Actualisée en 2017, après la campagne présidentielle durant laquelle le revenu universel est devenu un sujet de débat national, cette brochure a pour objet de présenter les enjeux de l’instauration d’un revenu universel d’existence, et d’apporter un éclairage sur les projets et expérimentations, en cours, en France et à l’étranger.

Dans le contexte actuel de mutation de l’économie et de chômage endémique, le revenu universel d’existence fait écho à une société qui n’exclut personne. Il participe à la répartition plus équilibrée des richesses produites et de l’emploi et renforce la cohésion nationale. Adopter le revenu universel, c’est acter le fait que le droit à une existence digne est un préalable indispensable à l’appartenance et à la participation de tous à notre société.

Treize ans de mandat, entre satisfactions et regrets

Si le sénateur doit formuler un regret sur ses deux mandats écoulés, c’est du manque de réalisation concrète qu’il parle. Militant de terrain, il a dû faire face à un travail plus bureaucratique et moins ancré dans le réel en arrivant au Sénat.

Jean Desessard n’a pourtant pas démérité. Au-delà de la bataille permanente pour la mise en place d’un revenu universel, l’élu parisien a poursuivi d’autres objectifs. Le chiffre des emplois non pourvus en est un bel exemple. À l’occasion d’un débat au Sénat, le 12 juin 2014, le sénateur écologiste de Paris a mené des auditions avec des représentants des syndicats, des organisations patronales, des mouvements de chômeurs et de Pôle Emploi. Il se démène ainsi pour que cesse la stigmatisation des demandeur·ses d’emploi. En effet, cet argument des emplois non pourvus sert le discours qui vise à expliquer que les chômeurs et chômeuses seraient des fainéant·es qui feraient la fine bouche sur les emplois qui seraient à leur disposition. Cette bataille est fructueuse, car après son action on ne parle plus de 800 000 emplois non pourvus mais de 150 000, les fausses informations ont reculé, la pression sur les chômeur·ses a diminué.

La bataille contre les fausses informations sur les emplois non pourvus

Les débats qui structurent une société façonnent l’imaginaire, déterminent les rapports qu’ont les citoyen·nes entre eux et tracent le chemin entre progrès et déclin. Le rapport au travail, à l’emploi, aux loisirs, dessine les contours d’une civilisation et la place qu’elle laisse à l’humain. En abordant ces sujets et en menant les batailles idéologiques, Jean Desessard a contribué à construire une société plus juste. Une once de communication supplémentaire aurait permis que le grand public mesure mieux le travail accompli.