Kalliopi Ango Ela, l’expérience au service de la recherche et du développement

Les écolos ont constitué un groupe au Sénat entre 2011 et 2017, pour la première fois de toute l’histoire de la République. Cette aventure a pris fin en juin 2017, lorsque l’un d’eux a quitté le groupe. Pour que leur travail reste accessible, le groupe a décidé de mettre toutes les données en open data. En parallèle, ces données seront accompagnées de plusieurs articles, publiés en série et chacun consacré à un sénateur ou une sénatrice.

Ce nouvel article est consacré à Kalliopi Ango Ela, et son travail sur le lien entre la recherche et le développement dans les pays du Sud.

Cela fait plus de vingt ans qu’elle habite à l’étranger lorsque Kalliopi Ango Ela est élue sénatrice. Elle vit à Yaoundé au Cameroun. Enseignante, agrégée de géographie, elle dirige un centre de recherche en géopolitique pour l’Afrique centrale.

Conseillère à l’assemblée des Français de l’étranger, présente sur la liste présentée par les écologistes au Sénat, elle devient sénatrice lorsque Hélène Conway devient ministre déléguée chargée des Français de l’étranger en 2012.

Devenir sénatrice au pied levé, quand les collègues sont déjà installé·es et que l’on doit déménager sa famille à des milliers de kilomètres n’est pas chose aisée. Kalliopi Ango Ela ne renonce pas pour autant à investir pleinement sa fonction. D’autant qu’elle parvient rapidement à devenir la rapporteure d’une mission commune d’information : « Au cœur du développement : la recherche en partenariat avec les pays du Sud », son sujet !

La France, ce vieux pays

22 juillet 2012. Kalliopi Ango Ela débarque au Sénat et doit affronter un double changement. Elle doit en effet à la fois s’adapter à la France, elle qui vit à l’étranger depuis si longtemps, et au monde politique alors qu’elle n’a exercé que des mandats locaux et n’a jamais fait de politique à Paris.

Les français de l’étranger

Elle constate rapidement que les habitudes sont différentes et qu’elle ne maîtrise pas tous les codes.

« La France est un vieux pays »
Les codes politiques parisiens

D’autres difficultés s’ajoutent à l’exercice de son mandat. Obligée de conduire de front plusieurs sujets simultanément, l’organisation du travail parlementaire est difficile. Ce travail concomitant sur plusieurs sujets lui laisse souvent un sentiment d’inachevé désagréable.

Le travail parlementaire de Kalliopi Ango Ela
L’intensité, le fil conducteur du mandat

Si les sénateurs et sénatrices représentant les Français de l’étranger disposent du même statut que les autres, ils semblent endosser une responsabilité particulière. Les administré·es qui les ont élu·es vivent en effet loin du territoire national et leurs problèmes individuels sont bien spécifiques. En tant qu’ancienne conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger, Kalliopi Ango Ela maîtrise parfaitement ces problématiques.

Ainsi, en vingt-deux mois de mandat, elle intervient pour près de 250 dossiers concernant des cas individuels. Il s’agit d’un travail souvent long et minutieux qui demande ténacité et technicité. Les personnes qui se tournent vers elle ont souvent épuisé toutes les autres pistes et désespèrent de trouver des solutions. Les sujets sont parfois très personnels et déterminants pour leur vie familiale, comme la reconnaissance d’un mariage, l’obtention d’un Visa pour sa conjointe ou son enfant adopté. Ce sont alors ces dossiers qui, lorsqu’ils aboutissent, donnent les plus grandes satisfactions.

La loi sur la représentation politique des Français hors de France a été un grand moment pour la sénatrice, car elle permettait de rapprocher les nouveaux élu·es consulaires de leur électorat et elle élargissait la base électorale des sénateurs et sénatrices en augmentant sensiblement le nombre de grands électeurs.

🗃🔓 Lire l’intervention de Kalliopi Ango Ela sur le projet de loi relatif à la représentation des Français établis hors de France

Une mission d’information taillée sur mesure

Nous sommes le 29 janvier 2013. Comme cela arrive régulièrement, des sujets pour des missions communes d’information sont proposés pendant la réunion hebdomadaire du groupe écologiste du Sénat. Kalliopi Ango Ela présente celle sur l’action extérieure de la France en matière de recherche pour le développement. Elle explique qu’il s’agira de déterminer dans quelle mesure les instituts de recherche — au sens large — dont le développement est à la fois le but et l’objet remplissent cet objectif. La mission pourra en particulier s’intéresser à l’IRD, au CIRAD, à l’ANRS, à l’Institut Pasteur, sans exclusivité. Sera étudiée la façon dont fonctionnent, en pratique, les partenariats Nord/Sud en matière de recherche et de développement, au travers par exemple des modalités de recherche et de la collaboration réelle ou supposée entre les différents partenaires (centres de recherche publics ou privés, universités, entreprises, ONG…).

La proposition est retenue par le groupe écologiste, le travail peut commencer.

Le 27 mars 2013, la mission commune d’information est convoquée pour une première réunion.

La France présente une spécificité dans le domaine de la recherche : elle dispose de nombreux centres de recherche à l’étranger. Cette présence à l’étranger implique des questionnements. Comment travaillent les chercheuses et chercheurs français ? Comment participent-ils à une recherche pour le développement ? Est-ce qu’il y a de la concurrence ou de la compétition avec les instituts de recherche locaux ou est-ce que des partenariats parviennent à être construits ? Ce sont les questions auxquelles la mission commune d’information s’attèle à répondre.

Entre les auditions et les déplacements, plus de huit mois de travail et des observations contrastées

Le 21 mai 2013, la série d’auditions commence par celle du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), et de M. Michel Eddi, président directeur général, accompagné de M. Patrick Caron, directeur général délégué à la recherche et à la stratégie. Avant toute chose, Kalliopi Ango Ela interroge les représentants du CIRAD sur l’implication des chercheurs et chercheuses des pays du Sud dans les travaux de recherche conduits par leur organisme. Michel Edi se veut rassurant en précisant que le partenariat avec les chercheurs et chercheuses du Sud est au cœur de leur démarche.

Un mois plus tard, en juin 2013, la mission commune d’information, composée de son président, M. Henri de Raincourt, et de sa rapporteure, Kalliopi Ango Ela, se rend à Bruxelles.

Entre autres rencontres, l’entretien avec M. Prieur, président du club des organismes de recherche associés (Clora) fait émerger la nécessité pour la recherche française d’être plus présente à Bruxelles de façon coordonnée.

Le 9 juillet 2013, lors de l’audition par la rapporteure de M. Jean-Pierre Olivier de Sardan, chercheur au laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local (LASDEL) du Niger, des exemples concrets sont donnés, la critique est précise. Ainsi, à travers l’exemple du LASDEL, M. Jean-Pierre Olivier de Sardan dénonce l’iniquité existant dans la relation Nord/Sud. Il insiste en particulier sur le fait que les laboratoires du Nord ont tendance à intégrer ou à débaucher les meilleurs chercheurs du Sud et donc à affaiblir leurs laboratoires au Sud.

À l’inverse, lorsque quelques jours plus tard la mission se rend en Inde, elle observe un partenariat équilibré avec une structure de coordination (le CIFIPRA, un organisme franco-indien paritaire), qui permet un enrichissement mutuel et des partenariats riches et variés conduisant à des apports réciproques.

De même, lorsque la mission se rend au Tchad au mois de septembre 2013, alors que la recherche y est dévastée, les observateurs et observatrices notent une action volontariste de la France, qui, grâce à son soutien, renforce les capacités tchadiennes.

Le rapport adopté à l’unanimité trace de réelles perspectives de progrès

Le 16 octobre 2013, le rapport d’information fait au nom de la mission commune d’information sur l’action extérieure de la France en matière de recherche pour le développement est adopté à l’unanimité.

🗃🔓 Lire le rapport de la mission commune d’information sur l’action extérieure de la France en matière de recherche pour le développement

Les préconisations sont riches et variées, elles trouvent leur source dans les nombreux déplacements, rencontres, auditions, qui ont rythmé les huit mois de travail.

Le rapport en chiffres

Les premières visent à améliorer la cohérence de l’action publique française au service du développement par la recherche. Cela passe principalement par le fait de conforter la mission des opérateurs de recherche pour le développement et de rendre plus cohérentes les politiques publiques en conséquence.

Les suivantes s’attèlent à améliorer les partenariats avec les Suds, en autonomisant les pays du Sud à chaque étape de la recherche et en favorisant l’effet d’entraînement de la recherche menée en partenariat sur le développement économique.

Enfin, les troisièmes visent à faire connaître le savoir-faire français en la matière. Il s’agira ainsi de présenter une offre scientifique partenariale plus lisible pour le Sud et de formaliser la démarche partenariale en matière de recherche pour mieux la diffuser.

Une expérience intense et constructive

L’arrivée au Sénat de Kalliopi Ango Ela n’a pas été facile. Le manque de temps pour ses enfants et sa difficile acclimatation à la vie en France après avoir passé de si nombreuses années à l’étranger n’y sont pas pour rien. Elle parle volontiers de ces difficultés lorsqu’on lui demande d’évoquer son mandat. Mais elle parle aussi sincèrement de la formidable expérience qu’ont représentée ces deux années d’engagement. Si elle avait déjà été représentante des Français·es à l’Assemblée des Français de l’étranger, elle a, durant ces deux années, dû aborder d’autres problématiques. Certes, les questions spécifiques aux Français de l’étranger telles que les bourses, la sécurité sociale, les visas… étaient toujours présentes, mais il fallait également aborder l’ensemble des projets soumis à la délibération du Sénat. Le soutien du groupe écologiste lui a été particulièrement précieux.

« Les élu•e•s et les parlementaires sont des personnes très engagé•e•s»